Penser créer l'urbain
 

Corporéité et narrations

Mobiliser les récits de l’urbain comme méthodes de connaissance et d’action

Les divers ateliers publics du Forum ont été conçus, organisés et animés par une équipe interdisciplinaire (sociologie, design, histoire de l’art) de chercheurs de l’UQAM et de l’Université de Montréal ainsi que par des organismes d’innovation sociale aguerris aux techniques de médiation et fins connaisseurs des quartiers limitrophes au site Outremont et futur Campus MIL (Exeko et Mise au jeu) ; ils ont été réalisés en collaboration avec la commissaire à la médiation culturelle de la Ville de Montréal. L’objectif de ce Forum a été de constituer, sur deux journées, une communauté créative qui, partant des savoirs des citoyens, a rebondi sur la réflexion déjà documentée sur les campus urbains intégrés et l’a enrichi des actions transformatrices effectuées (théâtre forum, ateliers de médiation, marches commentées dans les quartiers, vox pop, cartographie dirigée, co-design prospectif sur des scénarios d’économie circulaire…).

Les étudiants impliqués dans le projet et inscrits au cours de sociologie sur « Les démarches de recherche dans l’espace urbain », ont découvert et expérimenté des approches méthodologiques destinées à enclencher des processus à la fois réflexifs et créatifs. Pour leur contribution au projet, certains d’entre eux ont fait le choix de mettre l’accent sur une conception de la ville dans sa dimension vécue et incarnée. Dans cette perspective, ils ont exploré les quartiers en portant leur attention sur les mouvements quotidiens qui s’y déploient, tout en prenant en considération les contextes qui les forment (aménagements urbains, fonctions et usages effectifs de l’espace, frontières physiques et symboliques, etc.). Les propositions qui suivent tissent, à partir de là, un lien entre le corps et le récit dans l’espace urbain.

Avec pour objectif de mettre l’accent sur l’importance du lieu dans l’expérience du quotidien, mais aussi sur les réciprocités indéniables qui constituent tout territoire – notamment entre l’espace et ceux qui l’investissent –, Laurence Jutras présente ici la méthode de l’« entrevue marchée ». Ces entrevues, réalisées sur le site et en mouvement, permettent, à travers la mise en récit des expériences ordinaires d’un quartier, de dégager « les attitudes, les savoirs, les émotions, les souvenirs, les anticipations qui informent ces pratiques et l’expérience générale qui est faite de ce contexte ».

Cette proposition entre en dialogue avec l’esquisse de production d’un outil créatif de recherche mise en œuvre en binôme par Laurence Jutras et Noé Klein. Sensibles aux inquiétudes des intervenants lors des évènements du Forum et du Symposium quant aux impacts socioéconomiques de l’implantation du futur Campus dans le quartier de Parc-Extension, les deux étudiants se sont en effet questionnés sur la dimension affective de la vie dans le quartier. Ils posent ici la question de savoir si le sentiment d’appartenance peut être cartographié.

Julie Deslandes Leduc et Valérie Rioux ont, quant à elles, conçu un outil créatif de recherche capable de saisir la « chorégraphie quotidienne des mouvements et des usages » d’un espace public donné. L’arrivée du futur Campus va en effet restructurer certains paramètres caractéristiques des quartiers limitrophes à l’ancienne gare de triage d’Outremont, dont Parc-Extension. La recherche des deux étudiantes s’est concentrée sur les environs de la station de métro Acadie – puisque cette dernière constitue actuellement le seul passage prévu, à travers une passerelle, reliant le futur campus au quartier de Parc-Extension.

Cette perspective phénoménologique du corps dans la ville en pleine gentrification constitue également le point de départ de la recherche postdoctorale de Sofia Eliza Bouratsis qui propose d’examiner les rapports charnels, ressentis, perceptifs à l’architecture, à l’urbanisme et à la planification. Elle s’intéresse plus précisément aux frontières symboliques et affectives qui s’instituent dans l’environnement urbain. Elle propose ainsi un questionnement sur la notion de frontière urbaine, à la fois comme lieu de confrontations et comme lieu qui peut être habité – notamment par la réactivation de performances artistiques.