Penser créer l'urbain
 

Perspectives internationales

Comprendre un questionnement local en l’ouvrant au contexte global

Une restitution publique des activités de recherche-création menées lors du Forum citoyen a eu lieu le 30 septembre 2016 lors d’un Symposium interdisciplinaire et international. Ce Symposium a réuni autour de l’équipe du Forum et de ses participants des intervenants du milieu communautaire et associatif de Parc-Extension ; des universitaires montréalais possédant une solide expertise sur le futur Campus MIL ; et des chercheurs d’Europe, du Canada, des États-Unis et du Liban reconnus pour leur compétence scientifique et leur implication sur des terrains similaires au niveau international. Après avoir approfondi la réflexion en cours par la présentation de projets spécifiques au cas montréalais, le futur Campus MIL est devenu le point de départ d’une série d’interventions dont l’objectif a été d’interroger et de comprendre le contexte international dans lequel s’inscrit cette nouvelle figure de l’université intégrée dans la ville.

Dans leur contribution, Kai Wood Mah et Patrick Lynn Rivers replacent cette tendance récente de créer des campus urbains intégrés dans le contexte économique des rapports Nord-Sud et dans celui de la baisse des recettes des États qui orientent les institutions universitaires vers des financements privés. D’où, expliquent-ils, l’intégration de l’université dans la « nouvelle économie des hubs d’innovation » impliquant une conception inédite du travailleur. En évoquant l’histoire et la mémoire des quartiers environnant le futur Campus, ainsi que les risques actuels de gentrification, les auteurs introduisent la possibilité d’un campus urbain intégré qui serait animé par une « sensibilité postcoloniale », ceci afin de permettre à ses usagers et à ses voisins de « pouvoir vivre ensemble, entre étrangers ».

En faisant référence à sa pratique d’architecte aussi bien au Liban qu’en Europe, Anastasia El Rouss compare ensuite les politiques d’urbanisme des différents pays où elle travaille dans une perspective centrée sur la place de l’individu et sur sa liberté d’appropriation de l’espace public. Quelle est, en effet, « la tolérance qu’une ville peut produire » en fonction de ses règles et des spécificités de son territoire, questionne-t-elle ? Elle invite à concevoir « un urbanisme en liberté [qui] n’est pas un urbanisme sans règles » mais qui, au contraire, produit les conditions de « la surprise et de l’appropriation, sources d’évolution et d’attachement à la ville ».

Ce sont également ces liens entre le campus universitaire et la ville qui sont interrogés par l’urbaniste et sociologue Hélène Dang Vu. Constatant la multiplication récente des projets de campus et de quartiers universitaires en plein cœur de la cité, la chercheure s’intéresse ici à la tendance de certaines universités à « revenir physiquement en ville quand d’autres essayent de diversifier et d’intensifier la vie des campus pour en faire des morceaux de ville intégrés, et quand toutes sont considérées comme des acteurs socio-économiques des territoires ». Elle observe ces formes de retour et de présence accentuées de l’université dans la ville à travers des exemples européens, notamment français.

Dans une perspective réflexive et critique, Alain Bourdin questionne enfin l’identité de l’université – ou de la « marque universitaire » – en prenant en compte certains dispositifs actuels : la transformation des savoirs et des sources de connaissance impliquée par Internet ; les transversalités inédites et les communautés épistémiques que cela suscite ; l’impact des nouvelles technologies sur la géographie de la production du savoir ; la nouvelle figure de l’université comme entreprise qui produit de la connaissance ; et, pour finir, l’influence de ces éléments sur les statuts sociaux de ceux qui vivent et travaillent sur les campus. C’est dans ce contexte qu’il interroge les enjeux des mutations universitaires d’aujourd’hui et par conséquent leur rapport essentiel à la ville.