Penser créer l'urbain
 

Réflexions sur le campus MIL

Présentation du futur Campus, propositions d’aménagement autour du chantier actuel et réflexions situées à l’échelle du quartier

Une restitution publique des activités de recherche-création menées lors du Forum citoyen a eu lieu le 30 septembre 2016 lors d’un Symposium interdisciplinaire et international. Ce Symposium a réuni autour de l’équipe du Forum et de ses participants, des intervenants du milieu communautaire et associatif de Parc Extension ; des universitaires montréalais possédant une solide expertise sur le futur Campus MIL ; et des chercheurs d’Europe, du Canada, des États-Unis et du Liban reconnus pour leur compétence scientifique et leur implication sur des terrains similaires au niveau international. Avec pour objectif d’enrichir la réflexion en cours, tout en proposant des pistes pour favoriser la participation citoyenne dans l’appropriation des transformations urbaines, la première partie de cette journée a ainsi été dédiée au futur Campus et à divers projets réalisés sur le chantier actuel et dans son périmètre.

Lors du Symposium, les présentations d’initiatives et de réflexions autour du futur Campus MIL ont été précédées par l’introduction de l’un des principaux acteurs du projet de Campus, Alain Boilard, qui a exposé la vision qui anime l’Université de Montréal dans l’entreprise de ce grand projet. Il montre notamment l’évolution du projet, de l’achat initial du terrain pour combler le déficit d’espace généré par « l’importante croissance de la clientèle étudiante des dernières années », au développement d’un nouveau Campus à l’horizon 2019.

Dans une perspective à la fois écologique, sociale et esthétique, Vrac environnement avait, dès 2011, envisagé la revitalisation de la zone industrielle qui constitue l’une des « frontières » physiques du futur campus : l’avenue Beaumont. Simon Racine, le directeur de l’organisme, présente ici la démarche, la méthode et les étapes de réalisation de ce projet de lutte contre les îlots de chaleur, mené en coopération avec des entreprises privées situées sur cette voie de transit, à travers son verdissement, autrement dit l’introduction de plantes, arbres et arbustes dans un environnement jusqu’à lors essentiellement bétonné.

Nicole Valois introduit ensuite un choix de propositions issues de l’atelier « Espace urbain » qu’elle a enseigné en 2013 aux étudiants en architecture de paysage de l’UdeM. Cet atelier souhaitait imaginer l’aménagement des espaces publics du secteur de l’avenue Beaumont. Dominées par la « volonté de faciliter le passage au-dessus de la voie ferrée pour désenclaver le secteur et connecter le futur Campus au secteur de Parc-Extension », les suggestions des étudiants invitent à donner vie aux lieux, mettre en valeur le patrimoine paysager et bâti des alentours du futur campus et programmer des « activités pour cimenter la communauté ».

Dans « Quelques observations sur l’aménagement du campus MIL » qui prolonge et actualise la restitution de l’atelier, Nicole Valois considère ensuite que le chantier actuel en construction est une occasion à saisir afin de créer de nouveaux paysages, de favoriser les formes de dialogue entre les quartiers concernés et le campus ; et de s’inspirer de l’hétérogénéité des lieux pour tester des usages inédits des lieux publics – significatifs à la fois culturellement et socialement.

C’est une interrogation similaire qui se trouve à l’origine du document audiovisuel réalisé par Simon Harel et Cynthia Noury, Dans les ruines de l’université de demain. Ce film s’intéresse ainsi au « potentiel de refondation de l’Université de Montréal à travers ce chantier majeur, ainsi qu’aux effets symboliques pour la communauté environnante ». Le dialogue entre les deux chercheurs-créateurs accompagne les « tableaux visuels » du terrain et évolue dans les ruines de l’ancienne gare de triage ferroviaire désaffectée en voie de devenir Campus de pointe.

Proposant, pour finir, une ouverture théorique sur la figure de l’étranger, la sociologue Carolyne Grimard évoque les bouleversements suscités par l’arrivée de « l’inhabituel dans un quartier, dans un village ou dans une ville ». En prolongeant le geste conceptuel initié par Alfred Schütz, elle précise qu’ici, l’étranger qui va avoir un impact non-négligeable sur les dynamiques des quartiers environnants est le futur Campus MIL lui-même. Dès lors l’« Outsider, qui techniquement serait contraint de s’adapter à la culture locale pour se faire accepter […], détient du capital culturel, symbolique et économique que certains quartiers, comme Parc-Extension, ne détiennent pas de manière égale ».